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Du 1er au 15 juillet

Le 14 juillet 

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FÉDÉRATION NATIONALE DES SYNDICATS AUTONOMES DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE SUPAUTONOME- FO

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LA DIVERSITÉ À L'UNIVERSITÉ, CHICHE ?
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"L'indépendance des enseignants doit tenir en échec non seulement le pouvoir politique et administratif, mais tout pouvoir "temporel" quels qu'en soient la nature, l'origine ou le masque" (Georges Vedel)
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Les récentes mésaventures d'un collègue qui s'est vu écarter pour des raisons pour le moins douteuses du processus de sélection au poste de maître de conférences de l'IEP de Lyon et la décision en sa faveur du tribunal administratif doivent interpeller toute la communauté universitaire.

Ce qui est arrivé à notre collègue n'est pas un cas isolé. Car à la vérité il a payé cash son indépendance d'esprit et le fait que ses analyses sur un conflit sensible ne relèvent pas de la doxa dominante. Chercheur indépendant loin des réseaux qui font une carrière, il ne s'est pas contenté de faire un recours mais il dénonce à juste titre ces nouvelles commissions de recrutement dont l'objectif n'est plus de "recruter un spécialiste de la discipline mais d'écarter une personne précise". _(cf. nbp1)_
Bien sûr ces pratiques existaient avant 2007 mais les nouvelles dispositions de la LRU ont permis leur généralisation transformant l'Université qui devrait être le temple de la méritocratie en une organisation où clientélisme et népotisme règnent sans partage.

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Les présidents d'université, pour nombre d'entre eux, aiment à se présenter en gestionnaires soucieux de la seule efficacité de leur université. Bien évidement cette vision qu'ils donnent d'eux-mêmes ne résiste pas à un examen sérieux des faits. Ils sont très souvent des politiques ayant avec ce milieu des attaches plus fortes qu'ils ne le prétendent et, eux mêmes, partagent souvent la nouvelle doxa intellectuelle qui caractérise le politiquement correct actuel.

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Un esprit indépendant s'il en est, Marcel Gauchet, a pu ainsi parler de mœurs mafieuses _(cf.nbp2)_ qui dans certaines matières régentent les processus de sélection. Les résultats on les connait : la course aux bons réseaux pour tous les doctorants à la recherche d'un poste et un conformisme intellectuel sans précédent qui caractérise désormais notre institution. L'Université qui devait être le lieu du débat et le temple de la confrontation est devenue trop souvent le temple du politiquement correct où l'activité principale de certains universitaires consiste à pétitionner pour dénoncer d'autres collègues, voire à demander leur exclusion. Dans la préface d'un ouvrage portant sur l'impossibilité du débat intellectuel en France, un autre auteur _(cf. nbp 3)_  pose une question terrible en vérité "comment se fait-il, en effet, qu'une Université moderne riche  d'un passé somme toute glorieux soit à tel point envahie par une telle quantité _d'ânes vivants_". 

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Reprenant l'expression de Simon Leys qui pour avoir révélé la face cachée du maoïsme s'était vu attaqué férocement par tous les petits inquisiteurs de l'époque, Michéa pose une bonne question et la réponse on la connaît malheureusement. Cette nouvelle chape de plomb intellectuelle résulte de procédures de sélection biaisées où l'objectif est trop souvent de recruter soit un incompétent docile qui fera perdurer la structure de dépendance telle que décrite par Diego Gambetta, soit une personne qui peut être compétente mais qui est en phase avec la nouvelle idéologie dominante. On comprendra ainsi que des auteurs des années 70 comme Foucault et Derrida restent des références incontournables près de 40 ans plus tard et des vecteurs de promotion dans nombre de matières et pas toujours celles que l'on croit! Dans ces deux cas, chacun comprendra qu'il n'y a plus de places pour les esprits indépendants, ceux qui pensent que la recherche est incompatible avec des stratégies de réseautage. Et en effet, la chasse aux esprits indépendants, quel que soit leur positionnement politique, est devenue, là aussi,  un trait caractéristique du fonctionnement de nos universités.
Ce nouveau conformisme intellectuel qui n'a rien à envier à celui des années 70 est à juste titre souvent dénoncé et certains auteurs à succès avouent avoir renoncé à une carrière universitaire du fait de la prégnance de ces mœurs.

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SUPAUTONOME-FO qui s'est toujours battu pour que puissent vivre et s'épanouir les libertés académiques dénonce ces pratiques et souhaite qu'un véritable débat s'instaure autour de ces questions. Il en va de la survie de l'Université et de ses missions essentielles. Nous invitons donc tous les collègues qui ont subi ou ont été témoins de telles situations à nous contacter.

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L'Université doit rester le lieu privilégié du débat intellectuel et en aucun cas le lieu de production de nouveaux Torquémadas qui confondent trop souvent débat contradictoire et injonction à bien penser.

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Ces pratiques sont trop souvent tues, il importe de les révéler au grand jour. Enfin nous rappelons qu'écarter un collègue pour ses opinions ou croyances, cela s'appelle de la discrimination !

COMPTEZ SUR NOUS POUR DÉFENDRE LES VALEURS QUI ONT TOUJOURS FAIT LA GRANDEUR DE L'UNIVERSITÉ ET POUR VOUS DÉFENDRE!
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Montreuil, le 13 juillet 2017

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Notes (nbp):
1) Lyon Capitale, 28.12.2016
2) Gauchet, M. Vers une société de l'ignorance, Le Débat, N°156, Septembre octobre 2009
3) Jean-Claude Michéa (2016) Préface de l'ouvrage d'A.Perrin Scènes de la vie intellectuelle en France, L'Artilleur.
CONTACT : communication@supautonome.com [3]
                                                                          

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Le 3 juillet 2017

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Aux adhérents de SUPAUTONOME FO

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de la part de FÉDÉRATION NATIONALE DE L'ENSEIGNEMENT, DE LA CULTURE ET DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
 FNEC FP FORCE OUVRIERE - SNPREES-FO ET SUPAUTONOME-FO

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VADÉMÉCUM DE LA CPU : HARO SUR LES STATUTS NATIONAUX !
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Dans le "Vadémécum des propositions de la CPU pour l'Enseignement supérieur et la Recherche" [1] publié le 2 mai 2017, la CPU,  outrepassant son rôle de regroupement des présidents des universités, détaille ses 84 propositions à l'adresse du futur président de la République. Avec la nomination d'une ancienne présidente d'université comme  ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, ces propositions prennent une importance singulière.

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Il faut lire avec attention le préambule et les commentaires pour bien comprendre les motivations de la CPU. Jusqu'à présent, la CPU voulait
que l'on fasse en sorte d'améliorer le classement des universités françaises dans les différents _"hit-parades"_ ("classement deShangaï" et autres). Et voilà que la CPU  s'appuyant sur une étude de l'EUA évoque le classement des universités en matière d'autonomie, et semble regretter que la France soit aussi mal placée, comme si le degré d'autonomie des universités était le critère ultime de la qualité, et qu'il ne fallait pas l'apprécier en tenant compte du contexte et de l'histoire du pays. La CPU dénonce en préambule les règles en vigueur dans la gestion des ressources humaines dans les universités françaises et semble s'approprier les critiques de l'EUA
qui _"pointe en effet une large gamme de restrictions dans la gestion des RH dans les universités françaises qui limitent leur capacité à décider elles-mêmes des procédures de recrutement des personnels, de leurs rémunérations, des licenciements et des avancements". 

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ON NE SAURAIT EN TERMES PLUS CLAIRS RÉCLAMER LA SUPPRESSION DU STATUT PARTICULIER DES ENSEIGNANTS-CHERCHEURS MAIS AUSSI DU STATUT DE LA FONCTION PUBLIQUE puisque:

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 - décider des procédures de recrutement signifie mettre fin aux concours pour les BIATSS et supprimer le CNU pour les Enseignants-Chercheurs;
 - décider des rémunérations, cela veut dire mettre fin à la grille;
 - décider des licenciements, cela veut dire retirer les garanties statutaires;
 - décider des avancements, cela veut dire faire disparaître les corps et les instances paritaires.

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Les 84 propositions de la CPU visent en priorité les enseignants-chercheurs et leur statut particulier, qui garantit leur indépendance. Cependant, les BIATSS et les PRAG-PRCE ne sont pas oubliés. Parmi ces propositions nous relevons 3 propositions qui concernent directement ces personnels:

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PROPOSITION 28.

La CPU demande _"que soit créée, au sein du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, une direction générale des ressources humaines spécifique à l'enseignement supérieur, respectueuse de l'autonomie des établissements et travaillant en étroite relation avec une direction de l'enseignement supérieur et de la recherche"._
On constatera que la CPU demande la création d'une direction générale (on ajoute encore une structure administrative à un ministère qui pourtant n'en manque pas) "respectueuse de l'autonomie des établissements"._ Nous aimerions qu'elle soit aussi respectueuse des statuts des personnels, mais il ne s'agit manifestement pas d'une priorité de la CPU !
Nous ne voyons donc pas l'utilité de cette direction générale, dont on peut se demander si elle n'est pas destinée à s'effacer, pour être respectueuse de l'autonomie des établissements.

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PROPOSITION 34.

La CPU demande _"la déconcentration au niveau des établissements ou des sites de la gestion des enseignant-e-s de statut second degré (PRAG, PRCE…) et de la filière bibliothèque, ainsi que l'achèvement de l'harmonisation de la gestion des personnels BIATSS"._ Les personnels de bibliothèque représentent, au niveau de chaque établissement, des effectifs réduits (souvent une cinquantaine d'agents, parfois un peu plus, parfois un peu moins). La CPU veut-elle recruter elle même directement? Cette revendication signifie de toutes façons la fin des CAPN et la fin de nos statuts de corps nationaux. Qu'adviendra-t-il des concours? Comment peut-on déconcentrer davantage la gestion des personnels de la filière bibliothèque sans porter atteinte au statut national des personnels? Qu'entend-on par harmonisation de la gestion des personnels BIATSS? Faut-il comprendre que la CPU veut gérer les corps des bibliothèques et les corps de l'AENES de la même façon que les personnels ITRF? Les mêmes remarques s'appliquent pour les PRAG et PRCE qui sont des corps à gestion nationale ou académique avec des CAP nationales et académiques.

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PROPOSITION 35.

La CPU _"souhaite que les établissements aient plus de latitude pour la création d'emplois fonctionnels" Une plus grande facilité serait donnée aux universités de créer des emplois fonctionnels chez les BIATSS, elles pourraient alors créer tous les emplois supérieurs souhaités par le Président. L'emploi fonctionnel permet de s'affranchir des contraintes imposées par les statuts particuliers des corps. Nous savons parfaitement que cette latitude permettra bien des abus, permettant aux présidents
d'université de se créer une clientèle d'obligés. Cette clientèle sera d'autant plus précieuse que c'est elle qui fera l'élection des présidents, et leur assurera la majorité dans les conseils. Nous contestons par ailleurs la nécessité de créer des "emplois fonctionnels", les dispositions statutaires actuelles, avec les corps d'attachés et d'administrateurs, permettant de répondre à toutes les situations.

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PROPOSITION 36

"La proportion des concours ITRF internes par rapport aux concours externes doit être augmentée"._ Pour quelles raisons? Y a-t-il un avantage pour les personnels ? Ne risque-t-on pas de fermer l'accès aux corps ITRF aux personnels extérieurs et aux jeunes diplômés? Et augmentée dans quelles proportions? Ces questions mériteraient un examen attentif, et une véritable concertation avec les organisations syndicales, sans compter que ces questions sont liées à notre revendication fondamentale de création de tous les postes statutaires nécessaires pour répondre aux besoins et permettre la titularisation des contractuels qui le souhaitent.

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Ces propositions, comme on vient de le voir, sont formulées en des termes très généraux et pour tout dire plutôt vagues. Nous en retenons que la CPU demande plus d'autonomie, plus de latitude, plus de liberté sans contrepartie et sans jamais se préoccuper du respect des statuts des personnels. La CPU cherche par ce biais à légaliser des pratiques ne respectant pas les statuts et que FO combat dans de nombreux établissements.

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POUR SUPAUTONOME-FO ET LE SNPREES-FO, CES PROPOSITIONS SONT INADMISSIBLES. LA CPU NE DEMANDE PAS UNE NOUVELLE LOI D'ORIENTATION, MAIS (ET C'EST PLUS INSIDIEUX) UN ASSOUPLISSEMENT DES CADRES INSTITUTIONNELS (ÉVENTUELLEMENT PAR VOIE LÉGISLATIVE) QUI SE TRADUIRA PAR UN CONTOURNEMENT DES RÈGLES QUI SUBSISTENT ENCORE.

La mise en œuvre de ces propositions, ou même d'une partie de ces propositions, se heurtera à l'opposition très ferme des personnels universitaires.

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Avec la FÉDÉRATION GÉNÉRALE DES FONCTIONNAIRES-FO, SUPAUTONOME-FO ET LE SNPREES-FO demandent au ministère de ne pas prendre en compte ces
propositions et revendiquent:

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- le maintien du statut général de la fonction publique d'État et des statuts particuliers des corps de la fonction publique d'État, notamment en termes de rémunération, de licenciements, de recrutements par concours nationaux, d'affectation, de mutation, de définition des obligations statutaires et des missions, de gestion des avancements et mutations par les commissions paritaires;
- l'abandon de la politique de création de grades ou échelons fonctionnels, attentatoire, dans l'Enseignement supérieur et la Recherche comme dans toute la Fonction publique, au principe de carrière, base de la définition de la fonction publique républicaine.
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 MONTREUIL, LES 23-30 JUIN 2017
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